Reportage 0.0

Contrefaçon

novembre 17, 2008 · Laisser un commentaire

 

Aujourd’hui, avant d’aller donner mon cours de français j’ai affronté le terrible carrefour d’Al Manara. Milieu hostile car autour des quatres lions une bonne partie des jeunes hommes de Ramallah te scanne du talon de la botte jusqu’à la clavicule (à peu près).

En sautillant gaiement, j’ai cru voir mon policier. Dansant légèrement, ondulant de la manche, la ceinture haute et stylée, mouvements souples… Mais ce léger embonpoint? Et ce manque de fluidité? Et de créativité? Ce n’était pas lui! L’agent de la marechaussée qui faisait la circulation essayait vainement d’imiter le Super Policier Tektonik; dont j’ai déjà parlé.

Quand tu penses que ce dernier est sur Utube, et dans le film Le Sel de la Mer… Tu te demandes pourquoi personne ne vient en pelerinage à Ramallah.

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A Salfit

novembre 16, 2008 · Laisser un commentaire

 

« Je me définis comme étant arabe. Ceci étant posé, je ne suis pas meilleur que n’importe quel autre type. Je n’ai pas choisi mon nom, l’endroit où je suis né, ni ma nationalité. Parce que nous sommes nés ici, nous avons du affronter la dureté de l’existence. Poursuivre la lecture

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Après la récolte…

novembre 15, 2008 · Laisser un commentaire

 

Nous sommes retournés à Asira, comme promis.

La nuit dernière a été compliquée, il a fallu trouver un moyen de rentrer à la maison depuis Bethléem. Finalement on pu appeler un taxi de Jérusalem. Et ce type aux manières de cocaïnomane nous a offert une conférence sur la situation de la Palestine sur fond de Céline Dion. Arrivés près de Ramallah, il s’est lancé dans une diatribeanti-Cisjordanie; cet état de non droit où prolifèrent drogues et prostitution.

J’ai retrouvé le Défenseur de la Veuve et de l’ Orphelin devant l’Arab Bank. Il était (lui aussi) passablement défait. Assez excité à l’idée de partir aux Etats-Unis expliquer sa cause à Obama, il souriait (pour une fois).

 

A Asira, ce samedi, la haie d’honneur des scouts disputait la vedette à la petite estrade sur laquelle des types se sont succédés sans fin. Dans des chaises en plastiques, réparties en deux zones (une pour les hommes, une pour les femmes), le public se pressait et tendait l’oreille. Il y avait des gens de partout. Et pas un seul officiel de l’ Autorité Palestinienne. C’est à vous donner l’envie d’accorder plus que le bénéfice du doute à certains.

 

Heureusement peut-être, parce qu’on a quand même entendu une dizaine de personnes parler. Le gourou de Stop The Wall, un représentant du conseil de villages, une très belle jeune fille de l’association des femmes d’Asira, le porte-parole des agriculteurs, et d’autres harangueurs de foule.

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Gadjos et Gadjis: Trik la douille!

novembre 14, 2008 · Laisser un commentaire

J’ai été à un concert de Hip Hop palestinien.

Saz, le fameux

Saz, le fameux

 

The European Palestinian Hip Hop Tour. Voilà bien un nom plein de promesses. Portsmouth et moi même avons fait une competition de Bling Bling en écoutant IAM. Et le Géant Noir nous a conduites à Bethléem. Après s’être perdus dans la ville sainte, on a enfin trouvé l’espèce de centre culturel dans lequel le concert avait lieu. Disons les choses telles qu’elles étaient : dans un sous sol pas net, la génération MSN s’excite en capuches sur le son de Shadi, et Saz. Poursuivre la lecture

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Enième chronique de la nuit

novembre 13, 2008 · Laisser un commentaire

Après un passage éclair chez le ”J’adore la France” par excellence, une courte visite à la communauté gay flamboyante de cette ville, une troisième soirée ne promettait rien de fabuleux.

C’était sans compter sur Winston Churchill Jeune. Ce palestinien de Jérusalem qui est anormalement grand et large, porte une paire de Mikli et des pulls en cachemire. Impossible de le louper. J’avais déjà nagé très tard avec lui au Bar des Pins, et assisté à quelques uns de ces éloquents discours sur la condition des palestiniens; mais hier soir il était particulièrement en forme. Poursuivre la lecture

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Culture

novembre 12, 2008 · Laisser un commentaire

Liste des courses pour la soirée d’ouverture du Festival du Film Al Kasaba:

  • Un before où l’excité du bocal te monte le cervelet en neige en tentant de persuader que tu participe à la normalisation si tu y vas

  • Un diligent chevalier servant qui te trouve une invitation (avant de te rendre compte que tu n’en as pas besoin)

  • Un spectacle de cirque de rue improbable et superbe devant le Cinéma

  • Sept discours d’officiels touchants et longs

  • L’hymne des Palestiniens, durant laquelle la salle se lève

  • Un concert de musique traditionnelle par des musiciens d’Acre

  • Une lettre de la réalisatrice qui est blacklistée par Israël

  • Un bon film

  • Un verre avec les Pères Fondateurs

  • Un post it rose fluo sur la porte de ta chambre qui te dit d’aller dormir dehors Poursuivre la lecture

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Demain j’arrête l’égo, les adjectifs, et les entrées de plus de 2000 signes

novembre 11, 2008 · Laisser un commentaire

 

Aujourd’hui, j’ai rencontré la figure de Dieu à Ramallah. Et je peux vous dire que concernant la réalisation d’idéaux journalistiques, voire la concrétisation d’une vocation; ça ne va pas être easy les coquillettes. Poursuivre la lecture

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Parenthèse

novembre 10, 2008 · Laisser un commentaire

Après avoir fait faire le tour de Ramallah à mes sources de revenus principales, et qu’ils se soient pris la tête à deux mains quatre-vingts douze fois; mes super parents et moi sommes rentrés à Jerusalem. Poursuivre la lecture

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Little Boxes et la Fronde

novembre 8, 2008 · Laisser un commentaire

(NB: Je n’ai pas le temps de me relire, mais je passe le week end a Jerusalem, donc en attendant, voici les nouvelles d’hier)

 

Après une très longue nuit passée au bar Blue qui est un des seuls lieux fréquentables où de vrais Palestiniens se mêlent aux expatriés avides d’amusement, Feuille d’Erable, et moi même avons retrouvé le super Bisounours pour aller jeter un oeil aux fameuses manifestations de Vendredi dans les villages de Bil’in et Ni’lin.

 

Les seuls taxis collectifs qui permettaient de s’y rendre étaient pris d’assaut par des hippies crypto-anarchistes pourfendeurs des injustices et prets a tout pour sauver la veuve, l’orphelin, et les drogues douces. J’avais rencontré Idaf, un type adorable qui travaille en free lance pour la PBC, Palestinian Broadcasting Cooperation, chez Blue. Et comme chaque vendredi depuis environ cinq ans il s’y rendait. Nous avons donc beneficie d’une superbe voiture de la PBC, à la carapace de scarabé (vert à paillettes). Et c’etait reparti pour une course folle avec un Palestinien qui se prend pour le Roi de la Route, ou le Fou du Volant. Mais arrive au checkpoint, les soldats israeliens postés à l’entrée du village ne voulaient rien entendre. Voiture-scarabé ou non, point de salut pour ces ignobles internationaux qui veulent s’adonner au tennis national, le lancer de pierres. Normalement, les airs bonhommes de Bisounours, le regard appeuré de Feuille d’Erable, et mon sourire facon Amelie Poulain auraient du nous sortir de cette impasse facheuse. Mais rien du tout. On a fini par sortir de Boumbo petite automobile; surtout parce que les soldats commencaient a perdre leur sang froid (c’est encore un peu fragile ces petites betes). Bisounours, chaud comme la braise, était résolumment déterminé à couper à travers champs. Feuille d’Erable frisait la crise d’angoise. Et personnellement, étant encore assez loin d’être réveillée, je n’avais pas d’opinion sur la question. Nous tentâmes. Mais pas assez loin. Et comme on nous a vu, on a pris la poudre d’escampette, avant qu’on nous brise les noix dans un champ d’oliviers (sous un cagnard epoustouflant). La situation devenait grotesque.

 

Bisounours, toujours en tete, nous a donc fait marcher jusqu’au checkpoint suivant. Là, nous avons demandé « mais pourquoi qu’on peut pas rentrer d’abordeuhcestpasjuste ? ». Et le terrible Ethan, qui portait son nom autour du cou, et des Ray Ban carrément pas possibles, nous a repondu (-je vous le donne en mille) « security reasons ». Meme avec tous les efforts du monde pour avoir l’air de ce que nous sommes, des jeunes gens de bonnes familles très comme il faut, et pas le genre a jeter des cailloux, et avoir un vague esprit critique –ahnonnonnon.

 

Feuille d’Erable fremissait, et Bisounours, tout sourire s’est remis en route. Et c’est que Jésus nous a envoye Bobo. 


Bobo conduisait une voiture vraisemblablement volée a des colons. Plus d’autoradio. Un bazar plutot impressionant, des sièges défoncés, et plus de ceintures de sécurité. Bonne ambiance, particulièrement appreciée par notre ami canadien qui commencait a sérieusement ressembler à une cocotte minute. Et je ne vous parle du volant rose portant l’intitulé Bobo avec deux coeurs à la place des o. Entre temps j’avais rejoint le camp de Bisounours. Pour deux raisons. D’abord il faisait vraiment très chaud, et marcher en Bensimon sur une route nationale où les colons israëliens se prennent eux aussi pour des pilotes de formule Un sous le soleil exactement devenait insupportable. Ensuite, parce que c’était quand même agacant de se voir refuser le droit d’aller visiter de pittoresques villages palestiniens. Je n’ai pas organisé des fêtes aux Planches à peine entrée au lycée, entretenu une amitie sincère avec tous ces djs, et slalommé dans la jungle urbaine pour avoir mes entrées au Mathi’s pour me retrouver devant un détenteur de lunettes de soleil hideuses qui en gros me dit que je ne suis pas sur la liste. (sans parler du Chacha club)

 

Donc on est monte dans la voiture de Bobo, qui nous promettait de nous emmener ou qu’on voulait aller sans se faire importuner par les abrutis du coin ( qui d’ailleurs désservaient leur cause, une fois de plus). Tandis que notre ami Feuille d’Erable répétait qu’il voulait rentrer à Ramallah, nous traversions des villages complètement vides. Apres les rues désertes, on est arrivé dans un village où à peu près les mêmes (rues) étaient bondées. Vieillards, pères de familles, jeunes hommes soignés, adolescents écorches vifs, et hordes de marmots aux grands yeux (toujours les mêmes mais en mieux) regardaient la voiture de Bobo avec des yeux comme des soucoupes. Une rumeur d’abord presque imperceptible, puis intolérable s’élevait : « c’est des Juifs ». Je vous laisse imaginer la pulsation cardiaque de Feuille d’Erable. Bobo s’est frayé un chemin en hurlant « c’est pas des Juifs ! C’est pas des Juifs ! » couvrant par la le simili David Guetta oriental qui s’épuisait dans le ghettoblaster (si.). Et là Bobo a cru bon de nous dire qu’il nous emmènait seulement parce qu’ils savait ce qu’on allait faire a Ni’lin. Ah ouais, qu’est ce qu’on va faire? C’est a croire qu’on a vraiment les têtes de ces bouffons internationaux qui vont jeter trois cailloux pour trouver un sens à leur vie, et une piqure d’adrénaline. Et c’est extrêmement insultant.

 

Et quand on a fini par arriver dans ce foutu village, on a vu les deux americaines (dreads, et look “je me suis pas changée depuis Woodstock”) en panique dans le bureau du Croissant Rouge. La brune avait recu sur son bras une grenade de gaz lacrymogène. C’était pas très beau à voir. Son amoureuse pleurait toutes les larmes de son corps, en se roulant par terre. La brune, toujours, allongée sur une civière regardait l’autre avec mépris, et se mordait la lèvre jusqu’au sang -alors que bon, c’était pas Hiroshima non plus. Cette scène de vaudeville moderne était complétée par tous les jeunes garcons qui trainaient dans les parages avec des keffiehs tout enroulés autour de leur tête, torse nu, ou en marcel type Guerre du Vietnam. Ils erraient dans les trois pièces de la petite clinique, bourdonnaient autour de cette jeune femme apparement assez contente dans le fond, d’avoir vécu de près un grand frisson révolutionnaire.

 

Et Bisounours m’a emmenée sur le “front” où nous avons rejoint Idaf. Pendant que Feuille d’Erable, de loin le plus raisonnable vous l’aurez compris, restait dans la voiture. Ca se passait devant un centre pour la reconstruction économique et le développement dirigé par l’Autorite Palestinienne. Les adolescents dont on a déja parlé courraient dans une sorte de pampa (sans guanaco, mais avec des oliviers). Un tableau fantastique : pioupious cendrarsiens portant des couleurs chatoyantes et des foulards noirs et blancs bondissant dans tous les sens. Avec des frondes. Ils lancaient des pierres avec des frondes! En face, les Israëliens en tenue de camouflage (le Clairfontaine de ces affrontements) lancaient les gazs lacrymogènes. Sur ces enfants, sur les observateurs, sur les habitations civiles.

 

Et derrière ces jouvenceaux plus Victor de l’Aveyron ou Gavroche que Celadon, derrière leur cadre buccolique, romantique, sérieusement dramatique; le public. Trois internationaux et demi, une brochette de refuzniks honorables, quelques sommites locales (le triumvirat: pigiste local, Stop The Wall, et un des édiles du coin), un groupe assez fourni de jeunes adultes palestiniens en jogging, regardant les plus petits, et aussi un cinquantenaire avec un ventre d’homme de cirque, et son tapis de prière fushia sur la tete. Ces hommes qui criaient “Allah u Akbar” a chaque fois que les valeureux guerilleros évitaient ou relancaient les cartouches.

 

C’était seulement des gazs lacrymogènes. Mais pour une fois, on avait plus envie de se faire l’avocat du diable ou d’essayer d’être plus malin, cynique, ou analytique. Parceque vraiment, le combat de David contre Goliath était là, insupportable et absurde.

 

En rentrant, le moteur vrombissant sur les routes serpentantes et le chemins de traverses (histoire de ne pas retrouver notre copain Ethan), tout le monde riaient. Comme d’habitude celui qui fait la moindre blague est le sauveur de la salubrité mentale du groupe. Nous nous sommes arrêtés a une source au pied des collines. De l’autre coté de la route il y avait une espèce de piscine dans laquelle se baignaient des colons. Jeunes, se tenant droits et fiers d’eux. Se gavant de Bamba, et barbottant. “C’est en Israel que l’eau est pure! Meme si les Arabes y lavent leur vaches et leurs moutons, nous purifions cette eau en nous baignant”. Apres seulement le cortège de questions renseignements généraux (tu viens d’où? de Monaco. Tu fais quoi? des études sur les bardes ouzbeks. Pourquoi?). Et tu as beau leur expliquer calmement, ils s’excitent. Il faut avoir quelque chose à prouver pour agir de façon si bizarre. Pour qu’une conversation anodine se tranforme en soupe propagandiste.

 

Et plus loin, les colonies défilaient. Idaf avait l’air de ne plus vouloir rigoler. Toujours les mêmes maisons.

 

Malvina Reynolds – Little Boxes

Little boxes on the hillside, Little boxes made of tickytacky
Little boxes on the hillside, little boxes all the same
There’s a green one and a pink one and a blue one and a yellow one
And they’re all made out of ticky tacky and they all look just the same.

And the people in the houses all went to the university
Where they were put in boxes and they came out all the same,
And there’s doctors and there’s lawyers, and business executives
And they’re all made out of ticky tacky and they all look just the same.

And they all play on the golf course and drink their martinis dry,
And they all have pretty children and the children go to school
And the children go to summer camp and then to the university
Where they are put in boxes and they come out all the same.

And the boys go into business and marry and raise a family
In boxes made of ticky tacky and they all look just the same.

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L’effet Obama

novembre 6, 2008 · Laisser un commentaire

 

Hier soir, on m’a appelée pour me dire « hey, c’est ton jour de chance aujourd’hui !». Vu que j’avais passé la journée à m’amuser en cours d’arabe à parler des éléctions américaines et à me moquer des Américains conservateurs qui sont dans mon programme, je me demandais ce qu’on me voulait.

Et ce matin, je me suis retrouvée à devoir écrire quelque chose sur la réaction des Palestiniens quant aux résultats des présidentielles américaines.

Portsmouth ayant décidé de faire de notre chambre son nid d’amour, j’avais passé la nuit sur le canapé et je me suis réveillée dans une excitation de matin de Noël. Il était élu le divin Obama.

Feuille d’Erable et moi avons donc revêtu nos plus beaux costumes de jeunes et brillants journalistes à l’aube. Et sur la place Al Manara nous avons retrouvé Munther Malhis (Mohammed Ali Bambi, le fameux). Grâce à lui nous sommes allés à la rédaction du journal Al-Ayam où tout le monde avait l’air encore endormi. Aucun journaliste n’était là pour nous dire un petit mot doux sur Obama. Tout avait l’air très compliqué, et on nous a fait attendre pendant un bon bout de temps. Un mélange d’excitation et d’anxiété nous envahissait. Et ça c’est terminé en queue de poisson.
Donc nous sommes allés à la PBC. Qui est un vieil immeuble tout pourri, apparement parce que le dernier ministre de la communication a volé tout l’argent. Là on nous a quand même fouillés et interrogés avant de nous laisser entrer, ce qui semblait un peu plus professionnel.

Assis dans un bureau tout en fouillis comme on les aime, j’ai vécu un grand moment d’émotion. Avec un journaliste qui passait des tas de coups de fil en prenant des notes comme une dactylo, et Mohammed Ali qui traduisait tout de l’arabe en français. J’ai vu le présentateur que j’avais vu dans ma télévision se balader en chaussettes dans les bureaux. C’était un peu comme cet après-midi passé à TF1 avant de partir. Mais en beaucoup mieux. Sans total look Zadig et Voltaire, sans smoothie, et sans fond de teint horrifiant.

Dernière visite à la rédaction d’ Al Hayat Al Jadida. De loin, la meilleure. Oubliez tout ce que vous avez vu dans les films, ça ne ressemble absolument pas à une rédaction. Les journalistes sont des amours. Le mec à qui j’ai parlé avait une carrure de catcheur, le nez de Michel Serrault et les lèvres de Jeanne Moreau aujourd’hui. Plus le regard de Catherine Deneuve. Et surtout, un costume à la Scarface avec une chemise d’un délicat framboise. Après avoir bien rigolé, on a du filer, encore comme d’habitude.

Ce que je ne vous raconte pas, c’est que j’attendais ma nouvelle carte de crédit, donc j’étais littéralement carrément à sec. Mon téléphone palestinien déconnait grave. Je m’étais pas lavé les cheveux. Ma montre s’est arrêtée. J’étais maxi à la bourre. Et je maudissais mes profs d’anglais des deux dernières années pour m’avoir autant bourré le crâne avec ces éléctions, car plus je me perdais en questions subtiles, plus je me demandais comment j’allais écrire deux milles signes -moi qui déjà cet été en écrivant pour Obstyles des conneries sur la mode des chatoyants pic-niques et l’âme joyeuse du prix de Flore  me faisait taper sur les doigts.

Dans le taxi, en revenant dans le centre de Ramallah, j’ai appelé un milliard de personnes avec le téléphone de mon fidèle chevalier servant Feuille d’Erable pour confirmer tout ce que l’on savait. Appelé des gens que je ne connaissais pas pour leur parler en arabe, anglais et français. Et probablement chopé un ulcère de jeune aux dents longues.

Finalement au Café de la Paix, j’ai rédigé le papier qui devait bien entendu me mener au prix Albert Londres, dans un stress mémorable, en 28 minutes exactement.

 

Voilà ce que j’ai fait:

 

« L’éléction d’Obama va mettre du baume au coeur des Palestiniens!» annonce Nael Moussa dans la rédaction du journal palestinien Al-Hayat Al-Jadida. Les quotidiens ont choisi de titrer la victoire du candidat démocrate en rouge, signe d’espoir. Al Qods parle du « premier président américain noir ». Car ici, Barack Obama est principalement perçu comme le porte parole des minorités. Un président dont les Palestiniens attendent qu’il relance le processus de paix. Barack Obama laisse espérer de grands changements. En effet, comme l’ont souligné ce matin les équipes de la Palestinian Broadcasting Corporation Obama, contrairement à son opposant républicain, est lui, venu en Cisjordanie au mois de juillet. Mais derrière cet enthousiasme, les médias demeurent sceptiques. « C’est dans la rue que les espoirs naissent, pas ici » affirme un journaliste d’Al Ayyam. Et de rappeler que pour lui, les Etats-Unis sont avant tout dirigés par des lobbies. Nael Moussa a d’ailleurs choisi de rappeler qu’ Obama doit d’abord faire ses preuves dans son propre pays, avant d’ aider les Palestiniens.

 

Mahmoud Abbas a félicité le nouvel élu. Son porte parole, Nabil Rudaina, a annoncé dans un communiqué de presse que le gouvernement était très impatient de travailler avec le nouveau président. D’autres sont moins enthousiastes. Mustafa Barghouti, membre du Conseil Législatif, a adressé ses sobres encouragements. Il a été suivi par le démocrate Bassam Saleh, tout aussi mesuré. Enfin, Fauzi Barhoum, représentant du Hamas, a camouflé ses félicitations derrière la critique de l’ancien président des Etats-Unis (« le pire au monde »). Du côté du Hamas, on espère aussi que Barack Obama a oublié ses déclarations de juin dernier concernant Jérusalem: alors candidat, il avait parlé de la nécéssité d’en faire la capitale indivisible d’Israël.

 

Politiciens et éditorialistes restent mesurés. Tous refusent de voir en Barack Obama un nouveau Bill Clinton. A Ramallah, on « peut croire au changement » mais on se demande s’il va franchir le mur. Aujourd’hui, ces mêmes journaux annoncent aussi en première page la mort de sept gazouis tués hier par des soldats israeliens. »

 

Et voilà ce qu’ils en ont fait.
(oui, vous pourrez voir le commentaire que mon ami N le Naughty a ajouté bien qu’il ne parle pas français – parce qu’il faut dire qu’après ça, vu que Feuille d’ Erable ne comprenait rien à l’article que j’ai cosigné pour lui étant donné qu’il a été mon soutien moral et financier, et que j’étais soulagée d’une pression mortelle sur mes épaules, on l’a dit à tout le monde)

*Et maintenant je devrais remercier les gens merveilleux qui m’ont permis d’avoir cet ulcère dans les meilleures conditions. Merci!

                          NB: Depuis le perron de l’immeuble du journal Al-Hayat Al-Jadida, on voit la plus proche colonie. Pleine de petites maisonnettes dégueus. Les colons les ont attaqués pendant quatre mois. Et s’ils rigolaient bien quand Feuille d’ Erable et moi jouions (sincèrement) encore une fois les offusqués par une énième violation des Droits de l’Homme et du sens commun, cette proximité restait profondément flippante.

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